Quelques semaines avant la fin de l’année scolaire, mon Zouzou rentre de son week-end bimensuel chez sa maman. Pour une fois, il a des choses à dire mais je l’arrête avec un : « Ne dis pas de
bêtises, c’est du grand n’importe quoi ce que tu me raconte là. »
Quelques jours plus tard, un coup de téléphone :
.... : « PpP, c’est moi… »
Moi : « Je sais, ca va ?... Au fait, puisque je te tiens, dans quinze jours c’est la dernière kermesse de notre fils, je sais que c’est toi qui le récupère ce jour là, mais il voudrait
ses deux parents pour cette occasion.»
Elle : « Pas de problème… Et bof… toujours pareil… voir pire… »
Moi : « Ok, mais tu fais quoi alors ? »
Elle : « Et bien justement, je réfléchis à partir, normalement il part 3 jours en Espagne avec des potes. Je vais peut-être en profiter… »
Moi : « Ok, tu me tiens au courant, je me rendrais disponible. »
Pas ne nouvelle pendant plusieurs jours, ce qui permet de mettre « le plan [ELLE] » en alerte orange. Je prends mon téléphone pour prévenir son frère et sa sœur qui vont l’accueillir et la planquer le temps qu’elle reprenne le cour de sa vie. Comme ils habitent plutôt loin, il s’avère que l’évacuation définitive de la ville rose ne peut ce faire que durant un week-end.
Pas grave, je m’organise pour trouver un lieu pour un parachutage d’urgence. Un lieu que l’homme qu’elle veut fuir ne connait pas, mais qui soit suffisamment proche pour que s’il enquête, il ne puisse pas constater mon absence.
Je me retrouve très vite avec un point de chute au cas où… L’indication pour trouver le pot de fleurs ou est planqué, rien que pour cette occasion, un double des clefs.
L’alerte est donc lancée, « le plan [ELLE] » mis en place, sans pour autant savoir si l’opération aura lieux.
Dans quelque jours, c’est la kermesse de fin d’année et toujours pas de nouvelle. La veille, le jeudi, pendant une de mes trop nombreuses poses clopes, j’appel la famille pour savoir si de leur côté ils ont des news. Il semble qu’ils l’ont eu dix minutes plus tôt. Elle est seule avec sa fille mais l’homme n’est pas partit en Espagne et ne c’est absenté que quelques minutes ou heures. Elle hésite à en profiter, elle hésite à partir.
Je retourne à mon poste me disant que c’est mort, qu’elle ne le fera pas… Cinq minutes plus tard, je ne tiens plus, j’attrape mon portable et sors l’appeler, l’engueuler, lui rappeler la situation, la rassurer quant à l’avenir qui peu l’attendre. Je lui rappel que je suis, que nous sommes tous disponible à toutes heures et je retourne travailler.
Une heure plus tard, elle m’appel : « Je suis dans le bus avec ma fille et notre chien »
De mon côté, j’éteins mes ordinateurs, je croise mon patron à qui j’annonce que je pars parce que je dois partir. Il tique un peu mais me voila déjà en route pour le terminus du bus dans lequel elle s’est jetée.
Juste un arrêt avant de la rejoindre, un arrêt à l’école de notre fils pour les avertir que ce ne sera pas moi qui viendrai le prendre ce soir et interdire dorénavant l’accès à l’école à cet homme qu’elle fuit. Obligé d’expliquer dans les grandes lignes l’inexplicable…

Pas facile de se décrire, de mettre un trait de caractère en avant plus qu’un autre. Ce lieu est pourtant une partie de mon univers aujourd’hui. Un espace de liberté ou je peux jeter mes pensées, mes problèmes, mes joies, des anecdotes plus ou moins drôle de ma vie, un lieu d’échange parfois
Depuis le temps que je suis ici, j’ai croisé d’autres vies, d’autres univers.